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Document d'archives [Entretien avec H. Thibon...] Mas de LIBIAN, avec Hélène ThibonEntretien I - FAISONS CONNAISSANCE...

IL : D’où vient le nom de Mas de Libian ?
HB : Libian est le nom d’une gentilhommière, que notre famille a acquise en 1670. Elle vivait en autarcie.
Ce n’est qu’en 1970 que l’on a décidé que l’on vivrait de vin exclusivement.
Nous avons bénéficié d’un don important, d’un ami suisse, pour nous aider à construire notre cave. Et nous avons pu agrandir en 1982.
L’esprit Mas de Libian, c’est avant tout une situation. Nous sommes le plus au Nord des appellations du Rhône Sud. Les parcelles sont situées sud/sud-est et pour les syrah, plutôt plus au Nord.
IL : Vous apparaissez comme étant trois sœurs très unies par le monde du vin. Avez-vous le sentiment d’une complémentarité professionnelle en faveur de Mas de Libian ?
HB : Évidemment ! Quand nous nous voyons, on parle beaucoup ! … Que de vins, bien sûr !
Et de dégustations.
On est toutes les trois dans le vin. Catherine est responsable des labours.
Cécile travaille en Faculté d’oenologie. A l’école de Denis Dubourdieu, et elle fait des recherches pour Yquem.
C’est un réel plaisir que de profiter des apports professionnels de notre sœur. Elle travaille actuellement à Bordeaux, en recherche œnologique. Avec Denis Dubourdieu..
Lorsque nous devons faire face à un problème, elle est souvent celle qui a la réponse.
Nous sommes donc trois familles. Avec des enfants, à qui il faut transmettre la douceur de vivre de ce domaine…
IL : Pensez-vous transmettre ?
HB : Pour ce qui est de la transmission : c’est évident ! On plante une vigne pour nos enfants.
IL : Plus généralement, vous considérez-vous comme un grand amateur de vins ?
HB : Je me sens effectivement amatrice.
Lorsque nous partons en vacances, il faut que ce soit pour découvrir une région viticole. Qui, de toute façon, culturellement, nous apportera de plus belles richesses que partout ailleurs.
IL : Votre oenophilie privilégie-t-elle certaines régions, appellations ?
HB : J’aime beaucoup les vins du Val de Loire.
IL : Quel est le seul vin que vous emmèneriez sur une île déserte ? Quel est pour vous le vin mythique ?
HB : Mon meilleur souvenir reste un Hermitage blanc de chez Chave, 1998.
Je ne crois pas qu’il existe réellement un vin mythique ; il y a juste un vin que je peux aimer plus qu’un autre.
Et si je devais être seule sur une île déserte, alors je ne prendrais pas de vin. Un livre, oui, mais pas un vin. Car un vin ne se boit pas seul.
IL : Quel parti tirez-vous des critiques œnologiques ? Sont-elles ou non un guide ?
HB : Je lis toutes les critiques.
Parce que mon vin est fait avec sincérité et qu’il a une âme, pour moi. Il est un exercice difficile, celui de présenter mes vins. On se dévoile beaucoup à travers eux, et j’ai parfois le sentiment de donner mes vins en pâture. Et ma famille qui les représente.
Pour autant, ces critiques ne sont pas un guide, non. On a conscience de ses défauts, et le juge le plus sévère, c’est nous.
Parfois, on peut y lire néanmoins un point repéré plus spécialement par un critique qui peut-être alors un élément déclencheur, pour réfléchir un peu autrement.
IL : Une de vos cuvées porte le nom de ce poète Khayyam (d’ailleurs vous le citez en première page de votre site). En quoi ces écrits vous fascinent-ils ? Quelles images, quelle philosophie trouvez-vous attachées à ces poèmes ?
HB : La poésie de Khayyam m’était racontée par mon père en guise de conte. Elle a été comme une musicalité qui nous a imprégnées, et nous a accompagnées, tout au long de notre enfance. On a grandi et on a fini par l’aimer. C’est essentiellement son rapport à la religion qui nous a frappé.
Par exemple, Khayyam dit au sujet d’une cruche de vin que le vent a cassé, il s’adresse à Dieu et lui demande si c’était une volonté divine de casser cette cruche pour le punir. Et Lui dit « si tu me punis, quelle différence y-a-t-il entre toi et moi ?
C’est un mystique, pourtant dans la mouvance du carpe diem…

IL : Certains s’accordent à dire que le vin connaît de nos jours une crise. Partagez-vous cette idée ?
HB : Oui, une crise viticole et une crise économique qui se cumulent.
Certaines caves aujourd’hui sont remplies et ne se vendent pas.
Mais, beaucoup de viticulteurs ont le retour du bâton : il y a vingt-cinq ans qu’ils travaillent sans respect de leur terre si ce n’est d’exploiter. D’ailleurs ce terme « exploitation » est symptomatique : il est utilisé depuis que l’on ne travaille plus dans le respect de la terre.
C’est une crise qu’on a préparée, elle est arrivée et elle explose.
IL : Dans votre parcours, est-il des figures emblématiques ?
HB : Oui, les frères Alary à Cairanne, du domaine de L’Oratoire Saint Martin… Ils ont nous beaucoup épaulées.
Ensuite, le Domaine Chaume-Arnaud, à Vinsobres.
Jo Pithon, bien sûr…Lafarges à Volnay et Pierrette et Marc Guillemot, à Quintaine.
Nous étions entre vignerons, attablés, autour d’un bon repas où régnait la joie de vivre, de ce type de réunion, où l’on accumule des alignements de bouteilles sans nombre ! Au début, bien sûr, on crache, ensuite un peu moins, on discute toujours et on ne fait plus beaucoup attention. Et puis, on lève un verre, on le goûte et là on s’arrête. Le vin touche au cœur ! Et on se dit qu’on est con de ne pas faire comme cela !
C’était un vin de Guillemot, en biodynamie…
II - LES CUVEES : CHOIX DES ASSEMBLAGES, LA DENSITE, MILLESIME…
IL : Quelles sont les Cuvées ?
HB : Le Cave Vinum : ce nom a été choisi par mon père pour ruser un peu de ces mentions obligatoires imposées par la législation ( l’abus d’alcool est dangereux…)
Il s’agit d’un vin élevé en bois, bois neuf, mais le bois est un contenant, il ne doit pas dominer, il doit apporter une complémentarité. C’est un vin très classique.
Les amers ne sont plus classés comme des défauts depuis peu. Et ceux qui le caractérisent semblent être appréciés des dégustateurs.
Le nom de Bout D’Zan, était le surnom de mon père.
Sur Bout D’Zan : beaucoup de terroirs différents ; c’est le propre de la culture rhodanienne… tout est assemblé ! Les cépages et les terroirs, mais dans l’idée d’un certain vin. Nous on ne se prend pas au sérieux. Lui, c’est un vin tout terrain, de toute l’année. Un tiers élevé en vieux foudre
Khayyam
Chaque année on est sur des versets différents pour les étiquettes.
Pour 2008 : « Une montagne elle-même danserait de joie si on lui versait du vin »
Le Vin de Pétanque : à partir de jeunes vignes : entre 4 et 15 ans
La Calade
Mon mari vient de grimaud, dans le var à côté de Saint Tropez. Ses parents étaient aussi vignerons. Sur un terroir de schiste, avec beaucoup de mourvèdre…
C’est comme par transmission si je mets 90% de mourvèdre dans certaines de mes cuvées ! C’est un peu OVNI pour le Sud de l’Ardèche, mais c’est sentimental.
IL : Avez-vous une préférence pour l’une de vos cuvées ?
HB : C’est difficile pour moi de vous livrer nos vins. Ce sont mes enfants et je les aime tous pour ce qu’ils sont et leur vécu.
IL : Quel est le millésime qui vous a le plus marqué ?
HB : Le millésime 2005 !
Au départ, un millésime surdoué ! Une année pas trop précoce, un peu de coulure au printemps, bref, tout est idéal. Le 15 août, prélèvement pour déterminer les dates des vendanges. Trop acide encore.
On est loin de la maturité, mais les grenaches étaient à 15°
A la fermentation ; le jus se boit comme une cerise croquante, et tout se déroule parfaitement.
Les vinifications se terminent et là nous attendons que la malo se fasse.
Le danger, on le sait, c’est que les vins qui n’ont pas encore fait leur malo, sont sans protection.
Elle ne vient pas : il nous faut alors des bactéries : et nous procédons à un ensemencement à partir des lies des voisins et au final les 2005 ont fait leur malo en 2006 en même temps que les 2006 !!
C’est un vin très « caractériel », après la mise en bouteilles, il avait des moments d’ouverture, suivis de prés par des moments où le vin se refermait.
Aujourd’hui, je vous dirai que c’est une bonne surprise ; je ne pensais pas faire déguster du 2005.
Et depuis 2005, on a adopté ce principe. On va demander des lies de malo à A. Graillot (un grand homme qu’on respecte) afin d’ensemencer nos vins et pour que la FML s’enclenche rapidement
IL : On parle de 2007 comme d’un excellent millésime pour le Rhône Sud…
HB : Pour 2007, le millésime, le début de saison a été difficile (petites pluies fines)…
On pensait vendanger en août (vers le 25), mais la météo annonce le mistral à 130 km/h pendant 3 semaines. Alors il y a eu urgence, car les raisins commençaient à passeriller.
III - LE TERROIR : PRINCIPE D’UNE BIODYNAMIE…
IL : Qu’est-ce qui vous a amené à passer d’une culture raisonnée à une philosophie biodynamique ? Quelles en ont été les difficultés ? Les profits ?
HB : Nous nous sommes toujours positionnés en terme de culture biologique extrêmement précise et dans l’esprit biodynamique. Le passage à la biodynamie n’a été qu’un saut de plus. Des difficultés ? Oui, celles qui ont consisté à être accompagné par un conseiller qui convenait. Il a été question de Pierre Masson et de D. Massenot, conseiller-formateur indépendant, dont l’activité est centrée sur un travail de raisonnement de la fertilisation des sols.
IL : Pensez-vous que certains terroirs soient plus à même que d’autres pour adopter les principes biodynamiques ?
Certains terroirs plus propices que d’autres ?
HB : Non, tous les sols doivent être valorisés, dans le sens de leur « redonner vie ». Certes, il se peut qu’il y ait des sols en meilleure santé que d’autres dès le départ. Si tous les sols étaient travaillés en bio qu’est-ce que l’on se porterait mieux ! Car là, on se prend des tas de saloperies.
Bien sûr, notre façon de procéder suscite des critiques, mais on ne les entend pas ! Nous, on est à l’extérieur…
IL: Comment se manifeste dans vos cuvées la recherche d’une expression de terroir ? Croyez-vous en la minéralité du vin ?
HB : On peut travailler à la recherche d’une plus belle expression de terroir, et l’exemple est celui de la Loire, où le terroir peut être reconnu à l’aveugle.
On doit travailler religieusement sa terre. Je suis panthéiste.
La minéralité, oui ! Elle se sent !
Je sens les vins qui sont en bio. C’est un goût et une sensation…
Nous avons toujours été en bio.
On fait tout à la pioche, et il y a 25 ha ! Car le labour est exécuté avec le cheval . C’est le décavaillonnage, mais ça reste un travail grossier qu’il faut finir à la main : le piochage !
IV - LA VINIFICATION
IL : Il est évident que des efforts portés à la vigne doivent nécessairement aboutir à un grand savoir en cave.
a) Quels ont été vos choix en matières d’élevage ?
HB : En matière d’élevage, nous faisons nos assemblages à la cuve…
La vinification est souvent un travail qui est idéalisé.
Quand on rentre un beau raisin en cave, moins de travail en cave.
Nous effectuons donc un tri à la vendange ; on veut les mêmes raisins que l’on aurait à table.
IL : b) Pensez-vous qu’il faille respecter une tradition en matière d’encépagement dans l’intérêt des meilleures expressions variétales ?
HB : Dans l’intérêt des expressions variétales ? Non, on ne doit pas forcément rechercher l’expression variétale, mais plutôt le terroir.
Par exemple, sur notre terroir en galets roulés et très chaud, il est aberrant de vouloir planter de la syrah qui n’exprimera que son côté varétial alors que le grenache ou le mourvèdre sont des « buvards de terroir »
En fait, je considère la vigne comme un tuyau d’arrosage qui fait passer le terroir, et je recherche à travers mes vins ce que la nature a donné sans la trahir.
IL : Quelle est selon vous la meilleure expression de la syrah ? Comment et par quels procédés cherchez-vous à valoriser cette expression ?
HB : Les parcelles sont situées sud/sud-est et pour les syrah, plutôt plus au Nord. Elle nécessite le palissage, un porte-greffe et un greffage adapté, présente de petits rendements, taille en gobelets…
V - L’AVENIR DE MAS DE LIBIAN…
(OU IMPRESSIONS PERSONNELLES)
IL : Quelle est l’image que vous souhaitez donner de vos vins ? A quelle clientèle s’adressent-ils ?
HB : L’image que l’on veut donner est celle de vins faits avec sincérité, passion, une image de vignerons qui s’adressent à tous. On ne veut pas que l’on sente le travail qui a été fait derrière. Le vin doit s’adresser à tous, en fait on veut donner l’image d’un vin de terroir…
On fait des vins d’états d’âme, pour des moments différents de la vie. Plein de vins différents qui peuvent correspondre aux différents états d’âme.
IL : Qu’a pu apporter comme éclairage pour la vigne la biodynamie que l’on rencontre au Domaine du Mas de Libian ?
HB : Le passage en biodynamie a été simple.
Déjà on produit notre miel, notre huile d’olive…)
On est passé en biodynamie quand on a eu le sentiment qu’il nous manquait quelque chose.
On avait plein de questions et on n’avait pas les réponses.
On cherchait autre chose, on était face à un mur et on n’avait pas de solution. Et un jour, on a trouvé, notamment lors de la dégustation des vins de Guillemot !
La biodynamie restitue une plus forte personnalité du terroir.
IL : Les décrets d’application de l’AOC sont-ils parfois sclérosants quant aux applications et liberté d’expression du goût pour un vigneron ?
HB : Les décrets ont été refondus, sont applicables depuis novembre 2008.
Nous nous en éloignons progressivement. Mais nous ne nous en écarterons pas complètement car l’idée de l’aoc est une belle idée qui semble importante. Il faut savoir qu’ils sont pensés par les plus grandes propriétés viticoles et nous n’avons souvent pas la même vision du vin.
IL : Quels sont les accords mets/vins que vous jugez magnifiques à réaliser avec vos cuvées ?
HB : Des accords mets/vins ?
Oui, le Cave Vinum avec le chèvre mais celui fait par chez nous !
Avec la Calade ; ce sera truffes et risotto,
Le vin de Pétanque vous inspire tout de suite les grillades et taboulé,
Quant au viognier, j’avoue qu’il s’associe assez bien avec les asperges,
Enfin, si vous dégustez Bout d'Zan, je vous suggérerai le gigot d’agneau de Provence.
Avec Khayyam, une daube provençale… Aussi avec du thon rouge épicé...

Isabelle LECLERCQ

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