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Document d'archives [Muscadets]

DEGUSTATION DU 10 janvier 2007 : les Muscadets

Par ISABELLE LECLERCQ

La dégustation des vins de Mucadet de JO LANDRON et de GUY BOSSARD offre l’opportunité de débattre de la conception de la minéralité d’un vin.
Pourquoi ces vins, dont l’analyse organoleptique ( l’odorat, les saveurs, et la bouche) semble consensuelle, apparaissent, quand on les décrit, comme minéraux, alors même qu’il est particulièrement difficile d’exprimer ce qu’est la minéralité d’un vin ?
Comment peut-on s’accorder sur le principe que la richesse minérale d’un vin contribue à sa réussite, quand pour certains la minéralité désigne des arômes bien particuliers, variétaux essentiellement, et quelquefois désagréables, et quand pour d’autres il s’agit de structure ou de tension du vin ?

Les vins de JO LANDRON et de GUY BOSSARD apportent en raison de leur particularité quelques éléments de réponse, mais surtout permettent que l’on s’interroge sur notre rapport au vin. Ce qui pour le passionné, rend ces vins passionnants, qu’on les ait aimés ou non.

Ont été proposés à la dégustation, l’Expression du Gneiss, l’Expression de l’Orthogneiss et l’Expression de Granit, en 2005, de chez GUY BOSSARD, Domaine de l’Ecu.


GUY BOSSARD a travaillé le muscadet, en biodynamie, pour l’élever à un niveau auquel peu de gens peuvent imaginer cette appellation, bien souvent mésestimée. Ces trois Expressions sont nommées selon le sol qui les a fait naître.
Le gneiss est une roche métamorphique composée de lits sombres de minéraux ferromagnésiens (micas, amphiboles) et de lits clairs de quartz et de feldspaths, l’orthogneiss étant du gneiss dérivant de roches éruptives. Ces informations sont extraites du glossaire consultable à cette adresse : http://perso.orange.fr/jacques.delfour/glossrm.htm).
Immédiatement ces appellations suscitent l’attente d’une expression de terroir, d’une influence tant bretonne et granitique que vendéenne et sableuse.
Le nez, pour ces trois vins met en évidence effectivement des notes minérales, qu’il est assez difficile de préciser, en dehors des embruns salés, et de l’iode. A proprement parler, les notes minérales, sauf peut-être pour les géologues et amateurs de single malt tourbé, bien qu’identifiables sont rarement nommables. Qui a sucé du caillou, de la craie ? Qui est capable de sentir et de repérer à son odeur la pierre dolomite ? De la différencier de la malachite ?
Et, sous-tendent cette minéralité des arômes de fruits et d’agrumes, pour le Gneiss, de fleurs séchées ou de tisane, pour l’Orthogneiss. A noter également que le nez de l’Orthogneiss est moins évident car fermentaire.
Le Granit quant à lui semble encore plus iodé que les autres, avec un très léger fumé. A nouveau un esprit single malt. Il évoque aussi des sensations plus telluriques encore avec le champignon. L’Expression de Granit est sans conteste le plus minéral des trois.
Les robes sont bien caractéristiques du muscadet, en raison de leur verdeur et de leur pâleur. La Cuvée Granit perle. Elle annonce plus que pour les autres cuvées du gras.

La bouche est intéressante. Dans la recherche de ce qui peut constituer la minéralité de ces vins, l’acidité semble être un premier élément. Une acidité qui leur confère une certaine puissance, une rectitude, une vivacité qui sangle de vin en l’étirant vers une grande fraîcheur, nette, droite. Un plaisir de la bouche tactile.
Plus que cette acidité et cette salinité, c’est sans doute grâce à cette structure très particulière que se définit la minéralité des vins de GUY BOSSARD. La Cuvée Granit confirme un certain volume tactile, du gras.
Des arômes de citron, de fruits blancs, comme la pêche et le melon, pour le Gneiss, le champignon et l’amande, pour l’Orthogneiss, le végétal pour le Granit viennent se révéler en bouche. Trois vins bien différents, trois expressions de terroirs différentes qui définissent la minéralité du muscadet.

La Cuvée Amphibolite de JO LANDRON tire son nom des roches vertes métamorphiques qui composent le sous-sol. Le travail de la vigne en biodynamie permet d’extraire là aussi une expression de terroir assez remarquable. A nouveau, la minéralité sera moins celle des arômes, bien qu’on puisse y déceler la pierre à fusil et éventuellement la craie, que le tactile en bouche. Le nez est gourmand, et plaît particulièrement en raison des senteurs de sirop d’orange, ou de fraise Tagada. Une pointe iodée, bien sûr.
La bouche est lisse ; elle présente les saveurs douces et amènes du bois de santal mêlé au cerfeuil. Une texture tranchante, vive qui dévoile ainsi l’essence de sa minéralité.

La cuvée de l’Hermine d’Or, est particulièrement épicée, moins expressive que l’Amphibolite sur la minéralité, mais présente de la matière. Le nez ne révèle pas nécessairement les arômes minéraux, mais plutôt floraux, plus intenses. La concentration et le gras en font le vin le moins minéral.

Le Clos de la Carizière, dispose d’un nez typique de la minéralité du muscadet, citronné, et iodé. Une belle acidité en bouche tend le vin de façon remarquable. L’expression vive et plaisante d’un vin minéral.

Le Fief du Breuil présente un nez à mi-chemin entre la cuvée de l’Hermine d’Or, à qui il reprend le côté épicé et fruité ( la prune ?), et la cuvée du Clos dont il copie la salinité citronnée. On pense au parfum de l’huître.
Beaucoup d’ampleur en bouche, une grande vivacité qui charpente avec rectitude une matière étonnante par son expressivité minérale.

Le nez de la Cuvée Haute Tradition est riche, exubérant, sur les agrumes en particulier. La bouche est pleine, savoureuse par son fruit, le melon, et par son gras. Beaucoup de concentration structurée grâce à son acidité. Toutefois, il est certainement moins expressif sur la minéralité. Il s’apparente assez bien, pour sa texture, à l’Hermine d’Or

Partant de cette enrichissante dégustation de muscadets issus de terroir à rendement limité, travaillé en biodynamie, la conception de la minéralité du vin s’en trouve fortement éclairée. Certes, les notes salines et végétales contribuent pleinement à caractériser une expression minérale, mais c’est essentiellement et avant tout de la réponse obtenue en bouche de cette première impression que va dépendre la minéralité du vin. Plus qu’un arôme, elle est une sensation en bouche, à savoir une tension, une droiture qui rend le vin hiératique, ferme, éclatant et expressif. Les vins les moins minéraux sont ceux qui ont présenté le plus de gras, donc, globalement, ceux de JO LANDRON, parce qu’ils ont plus de rondeur que ceux de GUY BOSSARD.
Par conséquent la minéralité peut se retrouver dans le vin rouge. C’est ce qu’a prouvé le vin du Jardin de France de GUY BOSSARD, 65% de cabernet franc, 35% de cabernet sauvignon. Une magnifique expression minérale, agréablement menée par des notes poivrées, du fruit rouge, mais avec une certaine amertume en finale.

Isabelle Leclercq.

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